Prévention musclée au collège de Marciac



Prévention
musclée au collège de Marciac.



Source / auteur :



http://nogarojournal.imadiez.com



http://www.hns-info.net/spip.php ?article16278



J’ai eu cette
semaine un mail concernant une descente de police dans un lycée
du Gers… On a pu entendre aussi le témoignage sur
France inter. J’étais absolument abasourdi par les
méthodes utilisées… Mais vous savez parfois on
se dit que les gens exagèrent dans leur témoignage….
Bref, je reste interrogateur !



Mais voilà
que ce WE, j’accueille ma fille Zoé -elle a 13 ans- de
retour du collège de Marciac. Elle me raconte son mercredi au
collège… colère à l’intérieur
de moi… révolte… que faire ??? J’ai
demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle
me disait là. Elle a accepté. Voici donc son
témoignage, avec ses mots à elle :



«  Il
nous l’avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous
faire une prévention pour les 4ème et les 3ème.

Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont
entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les
profs.
A peine 10 minutes plus tard - nous étions assis-,
deux gendarmes faisaient déjà le tour de la salle où
nous étions. La prof avec qui nous étions, les
regardait en nous disant « Ils font leur ronde !?? »
. Elle n’était à priori au courant de rien bien
sûr. Soudain , la porte s’est ouverte, laissant entrer
deux gendarmes… Enfin non, pas exactement !!! _ Il y
avait un monsieur chauve habillé en militaire ( le dresseur de
chien en fait !) et un gendarme très gros.



Le chauve nous a
dit : « Nous allons faire entrer un chien !
Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas !
Quand il mord, ça pique ! »
Enfin il a dit
ça, à peu près… Je me rappelle surtout du
« Quand il mord, ça pique ! »



Après, il
est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le
chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités
de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà
à l’œuvre. Le chien s’appelait Bigo. Bigo
s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et
arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle
restait derrière son bureau bouche bée. Le chien s’est
attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le
dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez
mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a
rangé son sac, s’est levée et s’est
apprêtée à sortir mais le dresseur l’a
repris vite : « Et ton manteau ! »
Elle a rougi et emporté aussi son blouson.



Plusieurs
personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors
sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le
retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de
s’empresser de me faire sortir. Dehors m’attendait une
petite troupe de gendarmes… Enfin, non, pas dehors : nous
étions entre deux salles de classe.
Me voyant arriver, ils
se dépêchèrent de finir de fouiller une autre
fille. Mon amie était déjà retournée dans
la classe. Quand ils eurent fini, ils s’emparèrent de
mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider
les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi.
Je n’étais pas la seule élève. Avec moi,
il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une
gendarme. Ils étaient deux gendarmes hommes à la
regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse,
dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes
doublures.
La fille qui était là fouillée
elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l’entouraient
chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage.
Ils la firent rentrer en classe.



C’était
à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous
le regards des deux autres gendarmes…
Je décris :
Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le
surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et
le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me
fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon.
Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous
regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme :
« On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec
sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On
ne sait jamais… » Ils ont souri et la fouilleuse
chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon
pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr
rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en
passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n’exprimèrent
aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon
cas !!!!!!



Je dis à
l’intention de tous « C’est bon arrêtez,
je n’ai rien !!!! » La fouilleuse s’est
arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de
sac m’a dit : « tu peux ranger ! ».



J’ai
rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis
repartie en classe après avoir donner le nom du village où
j’habite. De retour en classe, la prof m’a demandé
ce qu’ils ont fait. Je lui ai répondu qu’ils nous
avaient fouillé. Je me suis assise et j’ai eu du mal à
me consacrer aux math !



Tout ça
c’est ce que j’ai vécu mais mon amie dans la
classe à coté m’a aussi raconté.
Le
chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a
eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient,
alors ils l’ont carrément emmené à
l’internat où nous dormons. Le chien s’est acharné
sur toutes ses affaires m’a t-elle dit. Le gendarme lui a
demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vue qu’ils
ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE
dernier elle a assisté à un concert !
Le CPE
l’a ramené ensuite au collège et elle m’a
raconté.



Après les
cours, le principal a rassemblé tous les élèves
et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention
pour tout le monde.



Une prévention ?
Avec des chiens ? Armés comme aujourd’hui ?



Une élève
de 4ème nous a dit que le chien s’est jeté sur
son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très
peur.
Les profs ne nous en ont pas reparlé….Ils
avaient l’air aussi surpris que nous !
Tous les élèves
de 3ème & 4ème ont du se poser la même
question : Que se passe t il ?
Et tous les 6ème
et 5ème aussi même si ils n’ont pas été
directement concernés ! »



Zoé.D.R



Qu’en pensez
vous ? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? Il
me semble important d’écrire ici que personne du collège
n’a jugé important de communiquer sur ces faits( ???).
Nous sommes lundi 24/11/2008, il est 15h30 et si Zoé ne m’en
avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de
parents sont au courant ? Les enfants « victimes »
-et je pèse ce mot- de ces actes sont en 4ème et 3ème.

Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens
pas….



Frédéric



***



On lâche
les chiens policiers sur les élèves dans les classes




(récit de
Patrick Poumirau, professeur témoin des faits)

Transmis
depuis un bulletin d'Etoile Filante

 Lundi 17 novembre
2008, 10h. 30,
Ecole des Métiers du Gers. Descente musclée
de la gendarmerie dans les classes. Je fais cours quand, tout à
coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon
travail 4 gendarmes décidés, accompagnés d'un
maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit
bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le
chien est lancé à travers la classe. Les élèves
sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus,
demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On
ne me répond pas, j'insiste, on me fait comprendre qu'il vaut
mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l'ambiance est
lourde, menaçante, j'ouvre une fenêtre qu'un gendarme,
sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.



Le chien court
partout, mord le sac d'un jeune à qui l'on demande de sortir,
le chien bave sur les jambes d'un autre terrorisé, sur des
casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter
un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à
l'élève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle
fois, on m'impose le silence. Des sacs sont vidés dans le
couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d'une ironie
douteuse fusent.



Ces intrusions
auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d'une heure.
Une trentaine d'élèves suspects sont envoyés
dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont
obligés de se déchausser et d'enlever leurs
chaussettes, l'un d'eux se retrouve en caleçon. Parmi les
jeunes, il y a des mineurs.



Dans une classe de
BTS, le chien fait voler un sac, l'élève en ressort un
ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu'il peut toujours
porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne
les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et
du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il
vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à
l'hosto! »

Il y a des allées et venues
incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un
gendarme en poste devant les classes. J'apprendrais par la suite
qu'aucun évènement particulier dans l'établissement
ne justifiait une telle descente.

La stupeur, l'effroi ont
gagné les élèves. On leur dira le lendemain,
dans les jours qui suivent qu'ils dramatisent. Ils m'interrogent une
fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix.
Aucune explication de la direction pour le moins très
complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser
rafler et conduire à l'abattoir sans réagir : l'effet
surprise laisse sans voix, l'effet surprise, indispensable pour mener
à bien une action efficace, scie les jambes.



Ensuite, dans la
journée, je m'étonne de ne lire l'indignation que sur
le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au
bout du compte. Certains ont même trouvé l'intervention
normale, d'autres souhaitable.

Je me dis qu'en 50 ans (dont 20
comme prof), je n'ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces
derniers temps, que des territoires jusque là protégés
subissent l'assaut d'une idéologie dure.

Ce qui m'a
frappé, au-delà de l'aspect légal ou illégal
de la démarche, c'est l'attitude des gendarmes : impolis,
désagréables, menaçants, ironiques, agressifs,
méprisants, sortant d'une classe de BTS froid-climatisation en
disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr
il n'y a que des garçons, les félicitant d'avoir bien «
caché leur came et abusé leur chien ». A vrai
dire des marlous, de vrais durs n'auraient pas agi autrement. C'est
en France, dans une école, en 2008. Je me dis que ces gens-là,
les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, qu'ils
devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça,
investis d'un drôle de pouvoir, ils débarquent, on
dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes.

Mercredi 19
novembre
2008

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Un
autre témoignage reçu d'une copine qui a reçu le
premier récit.



 Il s'est passé
la même chose au collège de Marciac cette semaine. Ma
fille (13ans) inscrite en quatrième m'a dit que des gendarmes
avaient fait irruption dans leur cours demandant aux élèves
de mettre leurs sacs bien en vue dans la rangée sans toucher à
quoi que ce soit dedans. Ils ont ensuite demandé à
chacun de poser leurs mains bien en vue sur les tables et de ne
surtout pas bouger à cause du chien qui pouvait être
dangereux. Le chien est ensuite passé dans les rangées
pour renifler les sacs. Seule chose amusante, c'est qu'il s'est
excité sur le sac d'une petite fille qui contenait des gâteaux
et des bonbons. Mais chose tracassante, la petite fille a été
obligée de vider tout son cartable devant la classe et s'est
sentie fort humiliée, car la démarche même de ces
gendarmes l'ont faite se sentir coupable de quelque chose.

C'est
minable et déplorable. Et ce qu'il est le plus c'est que je
pense que l'on va de plus en plus assister à ce genre de
pratiques dictatoriales.







Mercredi
19 novembre 2008



Yes, we can ! "Je refuse d’obéir !"
(Lettre d’un instituteur à son inspecteur)


Si la
machine gouvernementale veut faire de nous l’instrument de
l’injustice envers notre prochain, alors je vous le dis,
enfreignez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour
stopper la machine. Il faut que je veille, en tout cas, à ne
pas me prêter au mal que je condamne. Henri David Thoreau



Colomiers, le 6
novembre 2008



Monsieur
l’Inspecteur,



Je vous écris
cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je ne puis plus me
taire ! En conscience, je refuse d’obéir.



Depuis un an, au nom
des indispensables réformes, un processus négatif de
déconstruction de l’Education Nationale s’est
engagé qui désespère de plus en plus
d’enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans
aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l’opinion
des enseignants qui sont pourtant les « experts »
du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de
« réformes » de l’école se
succèdent, suscitant tantôt de l’inquiétude,
tantôt de la colère, et surtout beaucoup de
désenchantement et de découragement. La méthode
est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris
et d’arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers
concernés. La qualité d’une réforme se
juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est
préparée, expliquée et mise en oeuvre.
L’Education Nationale n’est pas l’armée !
Il n’y a pas d’un côté ceux qui décident
et d’un autre côté ceux qui exécutent !
L’honneur de notre métier est aussi de faire ouvre de
raison, de critique et de jugement.



Aujourd’hui,
la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé
et organisé de l’Education Nationale n’est plus à
démontrer tant les mesures décidées et imposées
par ce gouvernement l’attestent au grand jour : des
milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation
d’enseignement déjà difficile, la diminution du
volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée
à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par
tous les chronobiologistes, l’alourdissement des programmes
scolaires malgré une rhétorique qui prétend le
contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée
des RASED alors qu’aucun bilan de leur action n’a été
réalisé, la réaffectation dans les classes des
enseignants travaillant pour les associations complémentaires
de l’école, ce qui mettra à bas grand nombre de
projets éducatifs dont l’utilité n’est plus
à démontrer, la mise en place d’une agence
chargée du remplacement avec l’utilisation de
vacataires, la création des EPEP où les parents et les
enseignants seront minoritaires dans le Conseil d’Administration,
la dévalorisation du métier d’enseignant dans les
écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur
celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches
et finalement des mauvais coups portés à notre système
éducatif. Sans compter, ce qui m’est le plus
insupportable, l’insistance à dénoncer le soit
disant « pédagogisme », c’est-à-dire
les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies,
apportent des réponses innovantes, crédibles,
raisonnables à l’échec scolaire.



Le démantèlement
des fondements de l’Education Nationale est un processus que je
ne peux accepter sans réagir. L’objet de ma
lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce
démantèlement.
En conscience, je refuse de me
prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à
la déconstruction d’un système, certes imparfait,
mais qui a vocation à éduquer et instruire, à
transmettre tout autant un « art de faire »
qu’un « art de vivre », en donnant toutes
ses chances à chaque élève, sans aucune
distinction.



1. Les « nouveaux »
programmes constituent une régression sans précédent.
Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet
aux élèves de s’impliquer dans les savoirs, de
donner du sens à ce qu’ils font, de trouver des sources
de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et
rétrograde des enseignements, qui privilégie
l’apprentissage et la mémorisation, va certainement
enfoncer les élèves en difficulté et accentuer
l’échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour
pouvoir fournir des résultats « quantifiables,
publiables et comparables » Or, « en éducation,
tout n’est pas quantifiable, ni même évaluable en
termes d’acquisitions immédiatement repérables ».
(Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d’entreprise
et de libéralisation de l’école. Désormais,
les enseignants seront évalués sur les progrès
des acquis des élèves, c’est-à-dire sur la
progression des résultats chiffrés. C’est notre
liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans
la mesure où les programmes de 2002 n’ont fait l’objet
d’aucune évaluation sérieuse et que d’autre
part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et
rédigé les programmes 2008, d’ailleurs sans
aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence
d’un déni de démocratie et de pédagogie.
Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont
totalement illégitimes. C’est pourquoi en
conscience, j’ai décidé de ne pas les appliquer

et de continuer à travailler dans l’esprit des
programmes de 2002.



2. Tout
particulièrement, je refuse de m’inscrire dans la
logique d’une « Instruction morale et civique »
aux relents passéistes. C’est une insulte faite aux
enseignants et aux élèves de penser que l’inscription
d’une règle de morale au tableau, apprise par cour par
les élèves, fera changer un tant soit peu leur
comportement ! Aujourd’hui, plus que jamais nous avons
besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui
offrent aux élèves la possibilité de se
connaître, de se rencontrer, d’échanger, de se
respecter. Nous avons besoin d’une éducation au vivre
ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ?
L’éducation citoyenne est l’un des piliers de
l’école pour construire une société
ouverte, démocratique et libérée de l’emprise
de la violence. La priorité aujourd’hui est d’apprendre
aux élèves à se respecter, à réguler
positivement les inévitables conflits du quotidien par la
parole, la coopération, la médiation. Aujourd’hui,
comme hier, en conscience, j’ai fait le choix d’une
éducation citoyenne qui permette aux élèves de
découvrir leur potentiel créatif et émotionnel
au service du mieux vivre ensemble.



3. La réduction
du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte
des bouleversements tels dans l’organisation des écoles,
qu’il faut aujourd’hui parler de désorganisation
structurelle. Le dispositif d’aide personnalisée pour
« les élèves en difficulté »
n’est qu’un prétexte démagogique pour
supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la
crédibilité du métier d’enseignant. En
effet, de nombreuses expériences pédagogiques d’hier
et d’aujourd’hui ont montré et montrent que la
difficulté scolaire se traite avec efficacité avec
l’ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de
coopération, de tutorat, de travail différencié,
d’ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère
que la difficulté doit être traitée de façon
« médicale », avec un remède
individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de
classe. C’est une grave erreur. Ce dispositif est une faute
contre l’esprit et la pédagogie. Dès la
rentrée, en conscience, je n’appliquerai pas ce
dispositif d’aide personnalisée tel qu’il est
actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à
profit pour mener à bien un projet théâtre avec
tous les élèves de la classe, répartis en
demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci
avec l’accord des parents.



4. Les stages de
remise à niveau pendant les vacances scolaires à
destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des
dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à
caresser l’opinion publique dans le sens du poil. Mis en place
sous le motif populiste qu’il est anormal que seuls les riches
peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre
ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par
des enseignants, ne règleront en rien l’échec
scolaire. Ils sont destinés à appâter les
enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires
avec bonne conscience, alors que dans le même temps des
milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les
conditions de travail dans les écoles. Parce que je
respecte profondément les élèves qui ont des
difficultés et leurs parents et que je suis persuadé
que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser
de transmettre des listes d’élèves pour les
stages de remise à niveau.



5. La loi sur le
service minimum d’accueil dans les écoles les jours de
grève n’est pas autre chose qu’une loi de remise
en question des modalités d’application du droit de
grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer
gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum
d’accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement
que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du
droit de grève ! On ne saurait être plus cynique !
La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas
organiser ce service minimum d’accueil les jours de grève,
il devient inutile de se déclarer 48h avant. En
conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à
l’administration et j’informerai les parents trois jours
avant de mon intention de faire grève.



Dans son dernier
ouvrage, « Pédagogie : le devoir de
résister », Philippe Meirieu écrit :
« Nous avons le devoir de résister : résister,
à notre échelle et partout où c’est
possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare.
Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit.
Notre liberté pédagogique, c’est celle de la
pédagogie de la liberté. [.] Nous n’avons rien à
lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne
relèvent pas de choix passagers de majorités
politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de
toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier
de professeur dans une société démocratique. Et
devant les errances de la modernité, le professeur n’a
rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire. Face à
la dictature de l’immédiateté, il doit travailler
sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il
doit permettre l’émergence du désir. Contre les
rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche
de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la
marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de
la culture. Afin d’éviter la sélection par
l’échec, il doit incarner l’exigence pour tous.
Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle
requiert détermination et inventivité. Echanges,
solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage.
Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir
peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle
formule de Jean-Luc Godard, « c’est la marge qui
tient la page. »



Si aujourd’hui
je décide d’entrer en résistance et même en
désobéissance, c’est par nécessité.
Pour faire ce métier, il est important de le faire avec
conviction et motivation. C’est parce que je ne pourrais plus
concilier liberté pédagogique, plaisir d’enseigner
et esprit de responsabilité qu’il est de mon devoir de
refuser d’appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais
ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais
surtout dans l’espérance que cette résistance
portera ces fruits. J’espère que, collectivement, nous
empêcherons la mise en ouvre de ces prétendues réformes.
Cette action est une action constructive car dans le même temps
il s’agit aussi de mettre en place des alternatives
pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.



Monsieur
l’Inspecteur, vous l’avez compris, cette lettre n’est
pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de
vous l’adresser et de la faire connaître. Le propre de
l’esprit responsable est d’agir à visage
découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents
à cette action. C’est ce que je fais aujourd’hui.



Je vous prie de
recevoir, Monsieur l’Inspecteur, l’assurance de mes
sentiments déterminés et respectueux.



Alain REFALO



Professeur des
écoles



Ecole Jules Ferry,
Colomiers (31)



Lettre adressée
à Mr l’Inspecteur de l’Education Nationale de
la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.